Hold me tight...
Je passe mes journées dans les transports en commun. J'y suis attaché.
C'est là qu'on me prend, qu'on m'agrippe, qu'on me saisi.
Depuis peu, j'ai évolué, je me suis ouvert pour me partager.
Désormais, trois fois plus de mains, trois fois plus de doigts, trois fois plus de sueur me passent dessus. J'optimise.
Je supporte leurs odeurs, leurs saletés.
Je garde sur moi le gras de leur déjeuner, le parfum de leur sexe, les sécrétions qu'ils ont emportés en retenant d'autres comme moi.
Le plus grand nombre ne veut plus me toucher. Je suis le pire, le cauchemar de leurs rêves aseptisés.
Ils préfèrent tanguer, tituber, tomber, que de me tenir.
Et puis il y en a d'autres que je fascine.
Ils me regardent, m'observent; chaque jour ils me voient, m'abordent un peu plus, passent leurs bras en moi, me serrent fort comme on étreint.
Et pendant un instant, infime, fugace, j'oublie qu'ils en tiendront une autre, dans la minute où ils me lâchent.
je suis
Gérald Genty - Le métro