J'achète un Nano(c)...
Je suis dans une file d'attente. Devant moi, 50 personnes attendent leur tour. Les bras chargés de paquets, je suppose que Noël n'est pas loin. J'ai à la main un carton bien trop grand pour ce qu'il contient. L'encombrante boîte a sur les flancs des photos d'un iPod(c) blanc. Joli. En y regardant de plus près, je remarque que l'immaculée façade est entachée d'un logo FNAC(c). Le produit me déplaît. Mais je n'ai pas eu le choix. Le mien est mort, et je viens faire un S..V.. Pour promouvoir sa campagne de partenariat, le magasin ne propose plus que ce modèle. Je lève la tête. La file d'attente n'a pas bougé. Moi non plus. D'un coup, une main se pose sur mon bras. C'est Stéphane Trieulet. Il me sourit, avec cet air doux et timide que je lui connais et qui me plaît assez. Je le salue, et découvre qu'il porte un gilet avec le même logo que mon futur Nano(c). Il travaille là. Il a les cheveux rasés. Ca lui va bien. Je lui ai déjà dit. Je lui dit à nouveau. Je souligne mon propos en lui disant que ça le "sexise" énormément, et, qu'avec son regard pétillant, il doit retourner nombre de clients. Une dame emmitouflée derrière un gros col en poils de queue de renard se retourne. Elle nous jette un regard hautain. Histoire d'enfoncer le clou, je monte légèrement le ton de ma voix, pour préciser "et quand je dis retourner, c'est plus au sens physique et littéral du terme que je l'entends". La dame pousse un soupir de désapprobation. Les poils du renard mort volent sous le souffle. Sa tête se tourne. je regarde le crâne de cette femme, et me dis qu'elle sera bientôt chauve. Stéphane regarde mon carton, et m'explique que je suis dans la file Windows(c). La file MAC(c) est à côté. Il n'y a personne, et le seul guichet ouvert est disponible. Je le remercie en doublant la foule toujours aussi immobile. En passant, j'entends une femme dire à son mari "tu vois, il passe devant parce qu'il le connaît", et son mari de répondre "non, c'est parce qu'il est pédé!". Je m'arrête, me retourne vers lui "non, sinon, je passerai derrière!". Je sourie aussi largement que mes joues me le permettent. Elle se marre. Lui grommelle. Je ne comprends pas, je suis déjà trop loin. Je m'installe au guichet, pose mon carton sur la tablette et cherche du regard la personne qui devrait se trouver assise en face de moi. Il apparaît soudain (il était caché sous son bureau à chercher / ranger / brancher je ne sais quoi). Même assis, il a l'air petit. Les cheveux longs, ondulés, plaqués vers l'arrière grâce à deux tubes de gel. Il sourit, mais ne doit pas savoir comment faire, on dirait qu'il grimace. Il est à la croisée des chemins entre moche et laid. Je lui explique le contexte: la mort de mon iPod(c), la nécessité d'avoir de la musique dans mes oreilles quand je dois affronter les odeurs et les visages des gens dans le métro, l'horreur du logo sur le nouveau Nano(c), la déception énorme de ne plus avoir le "tatouage" unique de mon ancien, ce petit nom trouvé par Damien quand il me l'avait offert. Au fur et à mesure que je lui parle, il devient autre. Ses traits changent presque imperceptiblement, juste assez pour qu'à chaque clignement d'oeil, je perçoive une amélioration légère. Je fais tober mon porte cartes au sol. Je me baisse pour le ramasser. En me relevant, trois ou quatre secondes plus tard, il est transfiguré. Il est rasé, plus ces cheveux si laid sur son crâne. Il a les deux oreillers percées par d'énormes anneaux. Il me regarde. ne dit rien. Sourit à nouveau. Il sait désormais y faire. Je lui trouve une sexualité telle qu'il devient irrésistible. Soudain, je le reconnais. C'est Guillaume Dustan. Alors je réalise, et formule à voix haute:
"Ah... c'est donc un rêve!?!"
